Sorti ce jour, l’ouvrage « Bullshit Jobs » de l’anthropologue américain David Graeber s’amuse à référence les « jobs à la con ».

« Jobs à la con », ou la multiplication des emplois inutiles

En 2013, David Graeber publiait dans le magazine Strike! un essai intitulé « On the Phenomenon of Bullshit Jobs: A Work Rant ». Un texte largement repris, traduit dans de nombreuses langues, qui dénonçait la multiplication des emplois inutiles. Morceaux choisis : «La technologie a été manipulée pour trouver des moyens de nous faire travailler plus […] Pour y arriver, des emplois ont dû être créés et qui sont par définition, inutiles. […] Un monde sans profs ou dockers serait bien vite en difficulté, et même un monde sans auteur de science-fiction ou musicien de ska serait clairement un monde moins intéressant. En revanche, il n’est pas sûr que le monde souffrirait de la disparition des directeurs généraux d’entreprises, lobbyistes, assistants en relation presse, télémarketeurs, huissiers de justice ou consultants légaux. Beaucoup soupçonnent même que la vie s’améliorerait grandement. […] C’est comme si quelqu’un inventait tout un tas d’emplois inutiles pour continuer à nous faire travailler.»

5 ans plus tard, David Graeber en remet une couche, et étaie sa thèse sur plus de 400 pages, dans l’ouvrage « Bullshit Jobs ». Traduit en français par Elise Roy et édité chez nous par Les Liens qui libèrent, « Bullshit Jobs » se présente comme il suit : « Alors que le progrès technologique a toujours été vu comme l’horizon d’une libération du travail, notre société moderne repose en grande partie sur l’aliénation de la majorité des employés de bureau. Beaucoup sont amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles, sans réel intérêt et vides de sens, tout en ayant pleinement conscience de la superficialité de leur contribution à la société ».

D’entrée, le ton est donné, et son auteur passe en revue ces fameux « jobs à la con », rangés en en 5 catégories. Pèle-mêle, Graeber « les faire-valoir », servant à mettre en valeur les supérieurs hiérarchiques ou les clients, « les timbres-poste », recrutés par effet de mode, « les sparadraps », employés pour résoudre des problèmes inexistants, « les contremaîtres », surveillant des personnes travaillant déjà de façon autonome et enfin « les sbires », recrutés car les concurrents emploient déjà quelqu’un à ce poste. « Bullshit Jobs » ne manque pas d’illustrer ces catégories au travers de cas concrets, de témoignages, et Graeber pose tout au long de son ouvrage un regard critique et cynique sur la vie de bureau contemporaine.

Pas forcément à prendre au pied de la lettre, Graeber en appelant finalement « à une révolte du salarié moderne ainsi qu’à une vaste réorganisation des valeurs, qui placerait le travail créatif et aidant au coeur de notre culture et ferait de la technologie un outil de libération plutôt que d’asservissement, assouvissant enfin notre soif de sens et d’épanouissement ».