Un futur où le travail n’aurait plus qu’une place minime dans la société est envisageable selon l’investisseur Kai-Fu Lee. Celui qui fut un temps à la tête de la branche chinoise de Google et qui sera également passé chez Apple, SGI ou encore Microsoft a pour ainsi dire un avis tranché sur le futur du travail.

Entre 40 et 50% des emplois du marché menacés par l’IA ?

L’actuel PDG de Sinovation Ventures ne fait pas un mystère de sa vision du Future of Work. Superstar des réseaux sociaux, comptabilisant plus de 1,6 millions de followers sur Twitter et plus de 50 millions de fans sur le réseau Weibo, Kai-Fu Lee a récemment évoqué la révolution imminente de l’intelligence artificielle. Qui pourrait selon lui cannibaliser entre 40 et 50% des emplois du marché. Alertant les différents gouvernements sur la nécessité de se préparer une telle éventualité, il développe l’hypothèse dans les pages de son dernier ouvrage, AI Superpowers: China, Silicon Valley, and the New World Order, sorti en septembre 2018.

Interrogé par le South China Morning Post sur le sujet brûlant de l’automatisation, soit l’une des applications majeures de l’intelligence artificielle, l’homme semble relativement peu convaincu de la capacité des gouvernements à faire face en temps et en heure : « Ce n’est pas imminent. Cette adoption va sans doute accélérer d’ici quelques années, en même temps que la technologie se développe. Nous voyons par exemple des sociétés annonçant vouloir réduire leurs effectifs opérationnels de moitié dans les années à venir. Ce sont ces signaux qui nous font sentir ce changement. Mais pour de nombreuses sociétés, il reste encore beaucoup de problèmes d’orde technique et d’adaptation à aménager. Je pense qu’il faudra environ 15 ans pour qu’une grande partie des emplois soient remplacés. […] Ceci étant, les gouvernements avancent lentement. Il faudra un moment pour passer du papier aux discussions et au débat, jusqu’à définir des actions. Je pense que c’est déjà trop tard pour que les gouvernements saisissent le problème. La solution que l’on aura sera d’y aller par étapes […] il sera trop tard pour se saisir de la problématique une fois qu’un pourcent de la population sera touché. Nous devons prendre les devants ».

Un transition difficile à venir

Et plus encore aux Etats-Unis et en Europe, où le sujet est déjà largement évoqué : « La plupart des intellectuels ayant aujourd’hui cette discussion sont soit américains, soit européens. Peu en Chine se saisissent du problème. Et la raison, comme je l’explique dans le livre, c’est que le gouvernement chinois prend généralement soin de régler les problèmes de ce genre. »

Cette révolution devra ensuite s’attaquer aux emplois pour « cols bleus » : « Si nous réfléchissons à cela préventivement, cela se résume à deux choses : créativité et compassion. […] Mais ça ne concerne qu’une partie mineure de gens. Et ça ne règle pas le problème des emplois. La compassion devient alors la seule solution. Par compassion, j’évoque le terme de manière plus générale. J’évoque le fait d’être en capacité de vouloir être en rapport avec une personne. Ce pourrait être des emplois tels que nourrices, professeurs, infirmiers, travailleurs sociaux, psychiatres, soit les métiers qui demandent une grande part d’interaction humaine. […] Les gouvernements devront faire en sorte d’augmenter les emplois dans le secteur du service. Ce sont des métiers difficiles, sinon impossibles à traiter pour des machines. Et même si les machines pouvaient assurer le rôle d’infirmier, les gens n’en voudraient pas. […] C’est sans doute la seule catégorie de métiers assez large pour absorber la migration des emplois. Je pense que dans les 15 à 25 années à venir, il sera question d’entrepreneuriat social, de bénévolat […] C’est la le scénario le plus pessimiste, mais je pense […] que c’est une bénédiction que nos emplois routiniers soient pris en charge par les machines, de cette façon nous allons pouvoir faire ce en quoi nous excellons, ce que nous aimons. Nous pouvons penser au sens de la vie. Mais avant nous allons devoir passer les 25 prochaines années, où une potentielle transition difficile s’annonce. »