Charles Thomas, co-fondateur et CEO de comet, nous donne une liste de bonnes pratiques à suivre pour travailler efficacement avec les freelances.

De la bonne intégration des freelances

Aujourd’hui en France, on recense environ 900 000 freelances. Les chiffres diffèrent légèrement selon les sources, mais la tendance est d’ores et déjà définie, voire ancrée : la croissance du nombre de freelances en France est vouée à se poursuivre. Comme l’expliquait Héloïse Tillinac, coach professionnel, dans une tribune publiée dans les colonnes de neufdixsept : « les Français témoignent d’une appétence grandissante pour le travail indépendant, les millenials sont de plus en plus nombreux à revendiquer leur refus du sacro-saint CDI et les DRH témoignent jour après jour de leur course pour rattraper leurs talents ».

A l’heure où les grands groupes n’hésitent plus à faire appel à des freelances qualifiés pour les intégrer au sein de leurs projets clés et où les plateformes de mise en relation entre freelances et entreprises se multiplient, Charles Thomas, CEO de comet, revient sur l’essence même du freelancing, sur les bonnes pratiques à suivre pour intégrer durablement des freelances au sein d’un groupe et sur les erreurs à ne pas commettre.

Après avoir levé 14 millions d’euros – la plus grande levée en Europe sur ce marché – , comet cultive désormais l’ambition de devenir le département tech en Europe et sûrement davantage par la suite.

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Dans un marché déjà très occupé de mise en relation les grandes groupes avec des freelances, quelle position revendique comet ?

Être freelance aujourd’hui, c’est synonyme de liberté, mais ça génère également son lot de petites frictions. Parce qu’en réalité, si vous êtes libre mais que vous n’avez pas de revenus, ça revient à dire que vous êtes au chômage. Le premier constat de comet, c’est de se dire qu’il y a une épée de Damoclès sur la tête des freelances, même si c’est un peu moins le cas pour les freelances tech. “Si je n’ai pas de mission, je n’ai pas de revenus.” Ce que nous offrons aux freelances, c’est de pouvoir accéder en moins d’une minute à un projet inspirant depuis leur smartphone ou depuis leur ordinateur.

Pour les entreprises, ce qui nous différencie, c’est que nous sommes spécialisés dans la verticale tech/data, soit des métiers “hard skills” dont les compétences sont binaires et objectives. Par exemple, soit vous maîtrisez le langage de programmation, soit vous ne le maîtrisez pas.

Si vous recherchez un développeur, vous avez deux manières de répondre à ce problème. Soit vous vous tournez vers des places de marché ouvertes, où vous allez par exemple faire une recherche « développeur Paris » et on vous proposera un catalogue de profils : vous n’allez pas être en mesure d’identifier directement les profils qui pourraient correspondre, vous enchaînerez les entretiens et votre recherche sera très chronophage. Soit vous utilisez comet, qui n’a pas de « catalogue » : vous déposez votre demande en une minute sur notre produit, et nous vous proposons sous moins de 48h jusqu’à trois freelances qui correspondent parfaitement à votre mission. Ce freelance aura en outre passé un test de qualification, ce qui est très apprécié de la part de nos clients. Nous avons démarré plus de 800 projets en 2 ans.

L’absence de catalogue permet aux freelances de ne pas rester passifs. Il fallait jusque-là tenter de se faire référencer par les plateformes pour atterrir en première page. Or, leur faire passer des tests permet de pousser des projets qui leur correspondent vraiment. Nous prenons beaucoup de temps pour comprendre leurs aspirations, pour savoir ce qu’ils désirent faire et ne pas faire. Si vous dites : « j’ai envie de travailler sur telle technologie, je veux travailler à distance, 3 jours par semaine, etc. », nous allons uniquement vous proposer des missions qui correspondent à vos critères.

Vous aviez dit vouloir oxygéner le marché du travail : concrètement, comment cette démarche se traduit-elle ?

Il y a deux manières d’appréhender la question. La notion d’oxygène peut représenter cette idée d’être à la montagne, d’avoir accès à de l’air pur alors que l’air parisien est complètement intoxiqué. Il suffit de penser ne serait-ce que deux minutes à l’air de montagne et à cette notion d’oxygène pour s’offrir un coup de boost au moral. Partons donc sur le constat que nous avons besoin de plus d’oxygène, que notre rapport au travail doit nécessairement nous faire plus de bien.

Aujourd’hui, lorsque vous êtes freelance, vous avez une liberté totale de travailler où vous voulez, quand vous voulez. Vous pouvez si vous le souhaitez passer du temps avec vos proches, faire des pauses plus facilement que si vous étiez salarié. A contrario, ce statut traîne une certaine forme de précarité : vous rencontrez des difficultés d’accès au logement et les perspectives d’évolution de carrière ne sont pas définies. “Freelance” rime aujourd’hui avec “contrainte”, “friction” et “salarié” avec “subordination”.

Le salariat et le freelancing ont été pensés l’un comme le négatif de l’autre. En réalité, le freelancing est le statut le plus vieux au monde tandis que le salariat est très récent, créé pendant l’industrialisation, au moment où ce n’étaient pas des startups qui naissaient chaque semaine mais des usines qui avaient besoin de main d’œuvre.

L’idée d’oxygène vient de l’idée de tirer parti de la technologie pour créer une 3ème voie qui sera l’air de montagne et non plus l’air parisien.

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Qu’est-ce qui explique cette tendance actuelle qui veut que les grandes entreprises se tournent de plus en plus vers les freelances, au détriment de l’embauche de profils clés ?

C’est assez paradoxal. Je peux vous assurer que ce n’est pas forcément une volonté qui émane des grands groupes et des entreprises en général. Ça vient des individus : c’est donc l’entreprise qui s’adapte. Beaucoup d’articles et de talks sur le changement de paradigme face au travail prouvent que nous avons désormais envie de nous émanciper, de nous épanouir dans notre job. Ce qui fait que l’on compte de plus en plus d’entrepreneurs et de freelances. C’est une forme d’entrepreneuriat.

Le nombre d’indépendants dans les métiers de l’informatique a bondi de 600% en 5 ans en Europe. Ça n’a rien du petit phénomène et lorsque vous en parlez, on évoque avant tout un bouleversement chez les individus, avant même d’être un bouleversement dans les entreprises. Tout le monde cherche des développeurs et des data scientists, mais ces derniers veulent être indépendants. Des profils qui sortent tout juste de l’école à ceux approchant de la fin de carrière, ça n’a en réalité rien de générationnel. Nombreux sont ceux qui se disent : « je pourrais très bien être à mon compte et travailler avec plusieurs boîtes ». Les entreprises et les grands groupes de fait, se doivent de construire un fort noyau interne avec des salariés qui vont cultiver l’envie de rester à long terme – ce qui implique de mettre l’accent sur la bienveillance et la culture de l’entreprise – et en même temps composer avec une nébuleuse d’indépendants qui s’est créée il y a plusieurs années et qui désormais s’accélère.

De plus en plus de talents gravitent autour de l’entreprise et si vous n’êtes pas capable de travailler avec cette nébuleuse, vous perdez. Prenons l’exemple des GAFA. Chez Google et Apple, il y a désormais plus de freelances que de salariés. Il y a une guerre des talents qui fait rage : c’est avec la meilleure équipe que vous construisez les plus belles choses. Être en télétravail et travailler avec des freelances vous permet de faire de la Terre entière votre terrain de jeu. Aujourd’hui les grands groupes européens nourrissent une vraie appétence vis-à-vis de cette nébuleuse qui change totalement leur manière d’exécuter dans le travail.

Justement, comment adapte t-on efficacement une gestion de projet quand on est une entreprise importante et qu’on intègre des freelances ?

C’est une question passionnante. Je discutais justement il y a peu du métier de Chief Freelance Officer, un métier très en vogue aux États-Unis et qui arrive doucement en France. La mission de ce poste, c’est de se dire « comment peut-on travailler avec cette nébuleuse ? ». Ce poste va toucher les process, les achats, les DRH.

Chez comet, nous allons parfois jouer ce rôle de Chief Freelance Officer, par intérim tout du moins, en attendant que l’Europe se structure. Outre le besoin de trouver des talents tech ou data – qui est la première valeur de Comet -, nous avons aujourd’hui développé un produit SaaS qui permet de jouer ce rôle de Chief Freelance Officer pour le client.

Les premiers conseils, nous les donnons principalement aux achats, aux DRH, sur la partie administrative et juridique, car ce sont des domaines importants. Nous savons qu’il s’agit là de décisions et de changements qui ne s’opèrent pas en 24 heures. Il est important de montrer qu’aujourd’hui, il existe des solutions simples et légales permettant de travailler avec des freelances. Chez comet, nous récupérons tous les KYC du freelance (“Know Your Customer”) : la carte d’identité, le Kbis, les assurances, les attestations URSSAF pour leur constituer un dossier sur notre produit au même endroit que les contrats et les factures. A partir de là, vous pouvez déjà montrer aux directions juridiques, aux directions RH, aux directions achats, que c’est simple et légal. Pour ne rien gâcher, nous faisons tout le travail à votre place ! C’est donc là l’infrastructure indispensable qui va permettre de travailler efficacement.

Pour ce qui est de la partie plus opérationnelle, on peut distinguer 4 grandes phases dans la collaboration avec un freelance. A savoir : le brief, l’onboarding, le pilotage et le bilan en fin de mission.

Chez comet, le brief prend la forme d’une « Mission Card », qui pourrait tenir sur une feuille A4. Puis on définit les résultats : ce que vous attendez du projet, ce qui va vous amener à recommander le freelance ou à retravailler avec lui à l’issue de la mission. Pour savoir si la collaboration avec un freelance a fonctionné, il faut dès le départ définir des objectifs : les chiffres à atteindre, les KPIs (indicateurs de performance).

Nous recommandons à nos clients de mettre en place une journée dédiée à l’onboarding pour favoriser la communication en interne. Des interlocuteurs clés, en tant que freelances, vont travailler avec vos équipes. Il est important de constituer un groupe de travail d’entrée de jeu, via Slack, par mail, en lui donnant accès aux outils de collaboration internes et à de la documentation. Cette démarche permet de mettre le freelance dans le bain, de l’inciter à poser des questions et à être prêt à travailler sans perdre de temps. Les deux premières semaines de l’onboarding, qu’importe que vous ayez une politique remote (télétravail) ou non : vous devez mettre en place des routines pour le freelance qui vont durer tout le long de la mission avec un reporting pour avoir un suivi sur les objectifs.

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Quelles sont les choses à ne pas faire lorsque l’on intègre des freelances dans son entreprise ?

Comme évoqué plus tôt, ne pas faire de brief : il faut que vous soyez incollable sur le résultat attendu. Ça paraît tellement évident mais je vous assure que 80% des gens ne le font pas ! Il ne faut pas qu’il y ait le moindre doute, je suis radical mais j’insiste : n’oubliez pas le brief.

La qualification est clé : contrairement à ce qu’on pourrait entendre, ça ne discrimine pas les gens, ça permet plutôt de trouver des missions sur lesquelles les freelances vont être impactants. Si vous passez par des plateformes qui n’opèrent pas de tests techniques, faites-en ! Dans un processus de recrutement, freelance ou salarié, vous vous devez de faire des tests qui vous feront gagner un temps précieux.

Une autre erreur courante est de ne pas intégrer correctement les freelances lors de l’onboarding. Même si le freelance est en télétravail, il ne faut surtout pas l’exclure de l’équipe : il a besoin d’être en relation avec les interlocuteurs clés. Il a besoin de se sentir non pas comme un fournisseur lambda, mais faisant partie de l’équipe avec laquelle il évolue. Nous avons un pôle confiance chez comet : les clients sont notés en fin de mission et réciproquement. Aujourd’hui encore, on a une image d’un freelance mercenaire qui part du jour au lendemain. Nous ne sommes pas pour cette définition, qui créé d’entrée de la défiance entre l’indépendant et l’entreprise.

Comment fidélise t-on un freelance ?

Nous avons trouvé un système pour que les 3 000 freelances de la communauté comet soient rémunérés en fin de mois, comme un salarié qui recevrait son salaire. C’est l’une de nos batailles car c’est une réalité : dans les grandes entreprises, le paiement intervient rarement à date. Il est important de ne pas plaisanter avec le paiement qui est l’une des attentes pragmatiques du freelance. Lorsqu’il vous envoie une facture, il veut être payé à sa juste valeur et il veut être payé à temps.

Ce que je pourrais reprocher à certains acheteurs, c’est justement d’avoir la tête dans le nouveau monde, et les pieds dans l’ancien. On ne peut pas négocier les tarifs d’un freelance à tort et à travers. Lorsque vous allez sur Airbnb, vous n’allez pas négocier avec le propriétaire. Chez nous, c’est pareil. Lorsque les freelances s’inscrivent, nous leur recommandons un tarif, celui du marché. Pour fidéliser un freelance, il faut intervenir très tôt dans la chaîne, sensibiliser les clients et ce avant même d’entrer dans la phase de production du projet. Chez comet, les 3 000 freelances sont dans un Slack, nous organisons des événements toutes les semaines, il existe une communauté très forte qui crée un sentiment d’appartenance primordial pour la rétention.

Charles Thomas, co-fondateur et CEO de comet, sera présent le 14 novembre 2018 lors de notre événement Les neufdixsept du Future of Work, organisé à Paris. Le fondateur interviendra dans le cadre de la keynote «Comment travailler avec les freelances ?» à 11h30 heures. Pour vous inscrire à l’événement, suivez ce lien. Les places sont gratuites !