« Le nouveau challenge des entreprises est de concilier performance et organisation du travail favorisant les conditions des salariés. Au-delà des silos et des postures hiérarchiques traditionnelles, il faut créer un lien social plus riche dans l’entreprise. » Ces mots, ce sont ceux de Gaëlle Bassuel, fondatrice et CEO de YesWeShare, une plateforme de partage entre collègues qui permet de trouver une réponse à tous ses besoins du quotidien, et qui remet en avant la notion de bien-être au travail.

Concilier performance et organisation du travail favorisant les conditions des salariés, un défi d’envergure

Le constat est clair : les employés ayant de bonnes relations avec leurs collègues se disent heureux à 83%. Tandis qu’à l’inverse 68% des employés ayant de mauvaises relations avec leurs collègues se disent malheureux au travail (sources MIT / Harvard Business School / London Business School). A partir de ce constat, Gaëlle Bassuel averti sur l’émergence d’un nouveau challenge inédit pour les entreprises, à ne surtout pas sous-estimer : « Le nouveau challenge des entreprises est de concilier performance et organisation du travail favorisant les conditions des salariés. Au-delà des silos et des postures hiérarchiques traditionnelles, il faut créer un lien social plus riche dans l’entreprise. » La rédaction de neufdixsept a rencontré Gaëlle Bassuel, dans le cadre de l’événement Les neufdixsept du Future of Work, et en a profité pour échanger sur ce défi aux contours inédits.

Pouvez-vous vous présenter et évoquer le concept qui se cache derrière YesWeShare ?

« Etre Homme, c’est précisément être responsable. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde ». Je me reconnais dans cette phrase d’Antoine de St Exupéry. Plus précisément j’y retrouve le fil conducteur de mes choix professionnels : le besoin d’agir pour plus d’équité et d’humanité, et pour ce faire, celui d’imaginer et d’initier les transformations nécessaires.

Mon diplôme d’HEC en poche, une courte séquence de 3 ans dans l’audit précède mon départ en tant que volontaire pour Action Contre la Faim. Je passe alors douze ans au service de différentes ONG et agences internationales en Afrique et en Asie. J’y travaille sur la politique de santé publique de prévention du paludisme et la résolution de conflits en Sierra Leone et au Liberia, la logistique d’interventions d’urgence en Afghanistan ou au Sud-Soudan, mais aussi sur l’entrepreneuriat social : des initiatives de tourisme solidaire et de micro-finance communautaire, et la création d’une usine de glace à destination des pécheurs artisanaux de la péninsule de Freetown.

A mon retour en France j’intègre le Groupe Alpha, cabinet de conseil spécialisé dans l’emploi, les relations sociales et les conditions de travail. Rapidement directrice associée du groupe, j’y développe une offre digitale, je redresse le cabinet de conseil en droit social et conduit son rapprochement avec un cabinet d’avocats.

Enfin, après cette seconde séquence de 10 ans, mon envie d’entreprendre reprend le dessus. Toujours intéressée par l’économie circulaire et collaborative, j’ai la double intuition que l’entreprise est un terrain privilégié pour l’économie du partage, et qu’en retour le partage est un levier puissant de lien social. Je souhaite combattre le mal-être au travail et mettre mon énergie au service d’une nouvelle forme de rapport au travail.

En 2017, je crée YesWeShare, plateforme de partage entre salariés, outil de qualité de vie au travail et d’engagement des collaborateurs au sein des organisations. Quelques mois à peine après son lancement, nous sommes sélectionnés par l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail dans le cadre d’un appel à projets (Le Transformateur Numérique) relatif à l’égalité femmes-hommes, et surtout nous remportons notre participation à VIVATECH, l’événement européen de l’innovation et des nouvelles technologies.

Ça, c’était hier !

Aujourd’hui nous lançons le premier chatbot social et collaboratif au service de la qualité de vie au travail et de la prévention en milieu professionnel.

Notre ambition est de mettre l’intelligence artificielle au service du mieux-être et des savoirs-être en entreprise. Notre robot permet d’agir de façon à la fois ciblée et confidentielle pour une meilleure prévention des risques physiques ou psychosociaux, contre les discriminations et pour plus d’égalité professionnelle.

Comment ? En s’appuyant sur la relation entre collègues et la culture de l’entreprise. En s’appuyant également sur des approches pédagogiques pointues, par une action diffuse et au long cours qui couple la diffusion d’informations avec des baromètres, le chatbot permet une transformation en profondeur des pratiques en milieu professionnel.

Une étude Opinion Way révèle que pour 30% des sondés, une ambiance de travail et conviviale entre collègues est la clé pour être heureux au bureau. Cette même étude indique que plus de 9 actifs sur 10 évoquent ce critère de bien-être dans leur environnement professionnel. Qu’en pensez-vous ?

Oui je suis convaincue que la relation entre collègues est la clé de voute du bien-être au travail. Pendant longtemps il n’y a pas eu d’action pour développer une bonne ambiance, parfois même une culture du « diviser pour mieux régner » s’est installée, et le résultat s’est vu dans l’augmentation de l’absentéisme et autres maux : le dernier baromètre QVT de l’institut Gallup a démontré que neuf salariés français sur dix sont désengagés de leur travail et il apparait que 3 millions d’actifs français ont un risque élevé de burn-out.

Nous devons tout faire pour stopper ce gâchis de talents et de compétitivité !

Le terme de bien-être renvoie à deux désignations principales : tout d’abord le bien-être physique défini par la sensation d’une bonne santé physiologique générale, d’une satisfaction des besoins primordiaux, et la seconde, le bien-être psychologique, issu d’une évaluation personnelle et subjective.

La qualité de nos relations avec nos collègues de travail est ce qui donne et maintient l’envie d’aller travailler tous les matins. C’est une demande profonde des salariés : la majorité d’entre eux estiment que cette mission est du ressort de la direction générale et du management.

Il est clair que l’amélioration de la relation entre collègues est le début d’une prise de conscience qui se matérialise par les nombreuses initiatives mises en place pour favoriser la qualité de vie au travail.

La bienveillance entre collègue est un mot qui doit renfermer du sens, des actes, vous la voyez comment en pratique ?

Au sens étymologique du terme, la bienveillance représente le fait de vouloir du bien à l’autre ; elle permet d’instaurer un climat serein au sein de l’entreprise, propice au travail, où chacun se sent à son aise.

Je crois qu’il faut commencer par des choses simples : ne pas passer à côté des occasions de dire bonjour, bravo et merci !
Faire que chacun trouve sa place au sein de l’équipe, du service et de l’entreprise.

La bienveillance entre pairs est le ciment des relations humaines au travail. C’est le début de la reconnaissance de l’existence de l’autre et de son importance au sein de l’organisation. Et le choix d’intégrer la bienveillance à la culture d’entreprise est un signal fort adressé aux collaborateurs.

Cela recouvre aussi le droit à l’erreur. Et le fait d’être considéré comme une personne à part entière, et non réduite à sa fonction dans l’organisation. Sachant que la personne qui vient travailler le matin est la même que celle qui rentre chez elle le soir, donc avec tout son bagage et son environnement extra-professionnels. Qui sont une richesse en termes de compétences, de savoir-faire et de savoir-être dont l’organisation ne doit pas se couper ; mais également représentent parfois des contraintes qu’elle doit en retour accepter pour rester humaine.

Le management en France historiquement basé sur une hiérarchie affichée, n’est-il pas un frein ? Comment estimez-vous la maturité des entreprises françaises sur ce thème ?

Il est clair que les habitudes de management, souvent top-down, ne facilitent pas toujours l’autonomie et la prise d’initiatives, ni la confiance des collaborateurs. Toutefois, il existe beaucoup de publications et d’études récentes, preuve d’une prise en compte croissante de ces problématiques au sein des organisations.

L’école de commerce Audencia a publié une étude sur le sujet en début d’année : plus de 70% des personnes sondées jugent que les entreprises ne sont pas innovantes et ont une approche de l’innovation qualifiée de superficielle. Mais les nouvelles générations se sont emparées du sujet. L’exemple vient des start-ups qui visent à effectuer un réel changement au sein de leurs organisations et dont les actions diffusent peu à peu dans les organisations plus lourdes de leurs écosystèmes, non par effet de mode, mais plus pour satisfaire les besoins clairement affichés des millenials et s’assurer leur collaboration.

Bon nombre d’entreprises s’emparent de ces sujets et ambitionnent pour leurs salariés « un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » selon la définition de la santé par l’OMS.

Si vous deviez donner quelques conseils à un dirigeant d’entreprise qui veut s’engager pour parvenir à cette bonne ambiance entre collaborateurs, quels seraient-ils ?

Tout d’abord, il faut incarner ce que l’on veut promouvoir, en être convaincu soi-même pour être en mesure de la diffuser au sein de l’organisation.

Première étape, connaître le point de vue de vos collaborateurs, leurs attentes et ne pas se limiter à des changements « cosmétiques », mais approfondir avec eux afin de mieux cerner ce qui doit être changé et ce qui doit seulement être amélioré.

Deuxième étape : tester des solutions et écouter les réactions des collaborateurs, leur laisser la place dans le processus décisionnel et le dispositif de déploiement. Il faut garder à l’esprit ce qui vous motive : le bien-être au travail de vos collaborateurs sera une source de motivation pour eux et se retrouvera dans leur engagement au quotidien.

Gaëlle Bassuel – Fondatrice et CEO de YesWeShare, a participé le 14 novembre 2018 à notre événement Les neufdixsept du Future of Work, organisé à Paris. Elle y est intervenue dans le cadre de la keynote « Le bien-être au travail par les bonnes pratiques ».

La seconde édition des neufdixsept du Future of Work se déroulera le 6 juin 2019, à Paris.

À propos de YesWeShare

YesWeShare est la plateforme de partage entre salariés qui permet de trouver une réponse simple, rapide et sécurisée à tous ses besoins du quotidien auprès de sa communauté-entreprise, c’est à-dire de ses collègues de travail. Sport, entraide, vie sociale, culture, mobilité, consommation responsable, etc. autant de domaines où le partage est un levier de lien social.