En vallée du Loir, entre Le Mans et Tours, un territoire rural a fait le choix de l’agilité ! Ecole de la seconde chance, coworking, fablab, culture, open source, collectif de professionnels, etc. : le territoire bouillonne littéralement d’initiatives. Et c’est mine de rien assez rare pour être souligné.

Une stratégie de développement à l’initiative des élus

Le 10 décembre dernier était lancée à Ruillé sur Loir (Sarthe) l’ENSSOP. Soit la première école de la seconde chance informatique dédiée à l’open source. Et ce n’est là qu’un début, puisqu’un premier espace de coworking, LoirCowork, ouvrira sur le même territoire ce mois-ci.

Ces lancements ne sont pas le fruit du hasard, mais d’une stratégie patiemment construite à l’initiative de plusieurs élus de la Communauté de Commune Loir Lucé Bercé. Ce territoire comptant 25 000 habitants a fait le choix, comme beaucoup d’autres, d’investir dans le déploiement de la fibre. Mais pour que ce réseau soit également un levier de développement économique pour le territoire, les élus ont décidé de prendre les choses en main.

Ces élus ont été conseillés par Loïc Richer, co-fondateur de neufdixsept – et également consultant en développement territorial agile pour le compte de sa société Tigao – qui détaille dans cet article les étapes et démarches menant au bon déroulement d’une telle initiative.

LoirTech

Un état des lieux et des rencontres

En marge de l’identification des projets phares à mettre en place, ce sont surtout les rencontres avec les porteurs d’initiatives (menées conjointement par le chargé du développement économique de la collectivité Ronan Kerisit et Loïc Richer), qui ont permis de faire avancer les choses. Il est par exemple apparu que le territoire ne disposait pas de lieu d’accueil destiné aux entreprises tertiaires ou aux freelances. Un manque de communication grévait également toute volonté de changement : les entrepreneurs indépendants, les e-commerçants pour ne reprendre que ces deux profils très parlants, n’avaient souvent jamais eu l’occasion de se rencontrer.

Un projet d’école de la seconde chance, porté par trois entreprises du numérique, existait mais n’avait pas pu être appuyé faute de correspondre aux exigences des financeurs potentiels. Mais des difficultés d’ordre de recrutement et de financement auront empêché son lancement. Parallèlement, un centre d’art contemporain organisait, chaque année et en toute discrétion, un événement international autour du e-textile. Un projet de Fablabs porté par ce centre n’avait pas encore d’écho sur le territoire.

Le premier constat est celui que bon nombre de territoires ruraux pourraient effectuer : l’existence d’une palette d’acteurs très volontaires et souvent de projets. A l’entreprise de conseil en charge d’accompagner le projet que de traduire tout cela en stratégie, en actions et en arguments. Le tout avec le développeur économique Ronan Kerisit, convaincu de la méthode et des objectifs. Le but était clair : il s’agissait de convaincre les élus à s’engager, mais aussi de prouver que la réalité des actions de développement économique, de même que l’envie des acteurs en place, étaient réels.

Ce projet aura été porté par Denis Turin, vice-président au développement économique de la communauté de commune, et Galienne Cohu, vice-présidente du numérique, tous deux convaincus de l’importance d’une dynamique collective en amont d’un projet d’espace de coworking.

Reste qu’à l’origine, c’est le déploiement de la fibre optique qui a servi de déclencheur : « La mission du territoire est d’agir. Avec l’arrivée de la fibre optique sur le territoire, nous avons voulu prendre l’initiative de construire notre attractivité » explique Denis Turin. « Le plus difficile était de convaincre l’ensemble des élus d’adhérer au projet. Cette phase était indispensable si nous voulions aboutir. Sachant que le territoire devait disposer d’un collaborateur développement territorial engagé. L’accompagnement par le cabinet de conseil Tigao aura permis de prendre un peu de recul et de poser une stratégie « agile » c’est à dire participative. »

LoirTech

De la phase de développement à la phase de matérialisation

Une fois le constat établi, restait à constituer un premier collectif. Rencontres, conférences et afterworks organisés dans les bars et auberges du territoires, auront permis de donner vie à un collectif, LoirTech, entre autre composé de Sylvain Bidier, CEO du site de e-commerce HatShowRoom et Mickael Dubois, fondateur de l’agence de communication Fabrikka. Ce collectif est voué à s’étoffer dans les mois qui viennent, en s’appuyant notamment sur le futur espace de coworking éphémère LoirCowork, qui ouvrira ses portes dans le courant du mois de janvier 2019, dans une villa d’entreprise réaménagée en un agréable espace de coworking au vert à l’entrée de La Chartre sur le Loir. Un espace éphémère donc, puisqu’un nouvel espace ouvrira ses portes d’ici deux ans.

Financé par la collectivité consciente de la nécessité de mettre sur les rails une dynamique, LoirTech fut le point d’entrée de nouvelles collaborations. Dont ce projet d’école de la seconde chance évoqué quelques lignes plus haut. L’ENSSOP, porté par trois entreprises et qui avait essuyé un premier refus de financement au label Grande Ecole du Numérique, aura finalement été repris, appuyé par les nouveaux partenaires de LoirTech. Le projet, affiné pour être en phase avec les attentes et contraintes des co-financeurs, a obtenu un appui financier non négligeable. De Pôle Emploi Pays de la Loire pour 70 000 euros environ, puis de aide l’Etat via le label Grande Ecole du Numérique pour 190 000 euros. Tout cela complète l’investissement des entrepreneurs eux-mêmes.

Cette école aura aussi profité, en marge de l’appui inconditionnel de la Communauté de Communes, d’un titre porté par le lycée Nazareth de Ruillé sur Sarthe, d’un accompagnement pédagogique et du montage d’un projet par Via Formation Le Mans, ainsi que de l’hébergement gratuit de l’école dans une salle de réunion équipée (par la Communauté de Communes). Là encore, c’est bien la dynamique insufflée par LoirTech qui aura fait office de colonne vertébrale.

Depuis, douze élèves ont fait leur rentrée à l’ENSSOP. Cette première promotion devrait permettre de faciliter le recrutement des entreprises du territoire. Un pari triplement gagnant en réalité, car le modèle de l’école imaginé par Florent Tétart (PMB Services) prévoit également la réalisation de projets numériques en direction des entreprises du territoire. Le tout contre une participation au financement de la formation.

LoirTech

Une nouvelle attractivité, une nouvelle image et un nouvel horizon du possible pour le territoire

Evidemment, cette étape sera suivie de nouvelles démarches. Demain, il sera question d’élargir le cercle fraîchement créé, mais aussi de faire émerger un nouvel espace de développement économique. La construction d’un nouvel espace plus grand, dédié à l’accueil d’entreprises, de freelances, de formations, d’animations, est prévu. Il réunira coworking, formation, pépinière d’entreprises, fablabs et salle de réunion/d’animations. C’est d’ores et déjà un véritable écosystème qui émerge à la faveur de l’envie de faire des uns et des autres. Mais pour réussir ce nouveau challenge, il faut un écosystème plus entier encore.

Les mois à venir vont donc être employés à élargir le cercle de la dynamique LoirTech en mobilisant le plus possible, notamment des publics difficiles à atteindre. S’il fallait donner un exemple d’action pragmatique, ce serait celui-ci : les bulletins municipaux des communes de Loir Lucé Bercé relayerons l’information du lancement d’un premier espace de coworking, près de chez eux, et de l’existence d’une communauté de professionnels bienveillants. En somme, d’un programme d’animations où ils ont leur place.
Ces bulletins, qui rejoindront toutes les boîtes aux lettres – y compris des résidences secondaires -, devraient permettre de toucher des cibles habituellement hermétiques aux médias locaux et que la Chambre de Commerce et d’Industrie connaît peu. Qu’il s’agisse de freelances, télétravailleurs potentiels et investisseurs. Insistons volontairement sur ce dernier profil, qui n’a à l’heure actuelle que très rarement considéré son territoire de vie comme un territoire de travail.

Un travail de longue haleine donc mais indispensable, enclenche durablement le retour d’activités nouvelles et d’attractivité pour le territoire. A une époque où la ruralité peine à faire reconnaître son droit à la croissance, l’exemple de Loir Lucé Bercé, comme celui de nombreux territoires qui se prennent en main, est vivifiant.

Dessin d’illustration réalisé par Benjamin Jary (agence ReThink It Le Mans sur le Future of Work)